Tu finiras aux boîtes à fromage !

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Tu finiras aux boîtes à fromage !

Message  Pavois le Mar 11 Sep - 11:43


Les établissements Leroy, fabricant de boites à fromages

Tu finiras aux boîtes à fromages !
Gilles Deroche, Vitryat de naissance, résidant aujourd'hui dans les Ardennes, se rappelle avoir passé une partie de sa jeunesse juste à côté de ce quartier populaire de la cité rose, prénommé La Jouette. Quand il l'évoque, il entend encore ses parents, qui vivaient plutôt en marge du quartier, le menacer de « finir aux boîtes à fromages » s'il ne travaillait pas suffisamment bien à l'école. L'Union

Le journal L'Union a recueilli en 2009 des témoignages très intéressants d'anciens salariés des établissements Leroy dont voici des extraits (voir l'article complet) :
_ Nous étions payés aux pièces. Puis, par la suite, j'ai été affectée à la fabrication des anneaux plusieurs années et j'ai agrafé le dessous des boîtes sur des machines Bremer à pédales. On faisait 12.000 boîtes par jour. Puis, nous avons eu des machines automatiques. J'ai travaillé jusqu'en 1962.
_ Le travail était harassant et il fallait toujours aller plus vite, dans un bruit assourdissant. On était payés mais il fallait trimer ! Le tarif était de 60 francs pour 1.000 boîtes mais il variait selon la forme. Les bonnes équipes produisaient jusqu'à 17.000 ou 18.000 boîtes par jour. En dépit de quelques disputes, il y avait une bonne ambiance. En sortant les filles manifestaient leur lassitude en criant et en chantant. Une section de la Jeunesse ouvrière chrétienne fonctionnait dans l'usine.
_ Les conditions de vie n'étaient pas idéales pour elle : elle habitait Couvrot, à 10 kilomètres de l'usine et devait parcourir cette distance à bicyclette, y compris l'hiver par temps de neige et se lever à 4 heures du matin pour être à l'heure ! Elle raconte qu'avec les machines automatiques, la production atteignait facilement les 32.000 boîtes par jour. Les semaines étaient de 48 heures. « Le travail était dense et épuisant mais cela nous plaisait. J'ai pleuré quand on a quitté l'entreprise. »
_ Les femmes ne se faisaient aucun cadeau entre elles et la promiscuité régnait. Sans compter qu'il fallait parcourir le trajet depuis Pringy à vélo ce qui était très pénible. »
_ J'étais à la scierie, puis je suis passé à la menuiserie. On m'a demandé de prendre des responsabilités syndicales au sein de mon atelier. Notre syndicat CGT était bien développé.
_ J'y suis entré le 2 juin 1952, en qualité d'électromécanicien. L'usine fabriquait des emballages pour le fromage et la laiterie, pour les établissements Hutin par exemple. On produisait toutes sortes de boîtes et des caisses à beurre. Le travail commençait dans les bois où il fallait couper les peupliers. Ils étaient ramenés par des grumiers, des anciens camions américains sur lesquels le bois était transformé, déchargé par un pont roulant, empilé, tronçonné et écorcé. Le personnel ne manifestait guère et n'exprimait pas de récriminations. Tout le monde y trouvait son compte. Les salaires étaient les meilleurs des usines de Vitry. Quand j'ai quitté l'usine en 1961, il y avait 1.084 employés. La ville avait dû construire une piste cyclable pour permettre les sorties vers la ville. » L'Union

Et pourtant en 1983, la décision de fermer cet établissement a été prise pour ces raisons :
Assemblée nationale, 28 février 1983. Suite à la question de M. Bruno Bourg-Broc sur la situation des établissements Leroy à Vitry-le-François, fabriquant de boites à fromage en bois, voici la réponse du ministre de l'industrie et de la recherche :
La décision de fermer l'unité de production d 'emballages de Vitry-le-François (Marne) appartenant à la Société Leroy a été prise en fonction de données économiques, financières et techniques. Les raisons qui ont motivé ce choix sont nombreuses:
1° la production du bassin laitier de l'Est ne représente plus que 15% de la production nationale contre 20% auparavant ;
2° les productions de l'Est ont été les leaders du fromage "à la coupe" ;
3° le fromage le plus important en volume fabriqué dans l'Est "Le caprice des dieux" est conditionné en boites en carton ;
4° 50% des boites fabriquées par Vitry sont destinées aux marchés de Normandie et des Pays de la Loire (coût du transport : 400 000 francs par an) ;
5° le taux actuel d'utilisation des machines de Vitry est le plus bas des trois usines d'emballages des établissements Leroy ;
6° la caisserie qui est plus importante à Vitry que dans les autres usines est en baisse régulière, la caisse en bois étant 50% plus chère que la caisse en carton ; toutes les usines d'emballages des établissements Leroy travaillant en dessous de leur capacité de production, la fermeture d'une unité était inévitable. De plus Vitry n'a pas d'équipements pour fabriquer des contreplaqués deux plis qui permettent une diminution des prix de revient des boites à fromages.
Sur le plan social, plusieurs mesures ont été prises pour réduire au maximum le nombre des salariés susceptibles d'être inscrits comme demandeurs d'emploi :
1° préretraites ; 2° reclassements dans d'autres établissements du groupe (Epernay, Saint-Dizier, Strasbourg, Lisieux, Honfleur ) ; 3° création d'une association pour la recherche d'activités nouvelles . Les efforts déployés ont donné des résultats appréciables et les problèmes à résoudre restent actuellement limités.

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